S’il y a vente, c’est qu’il y a demande : remettons les responsabilités au bon endroit
Les salons du chiot provoquent régulièrement une levée de boucliers dans l’opinion publique. Les scandales sanitaires qui les accompagnent ne sont pas rares. (surtout sanitaire! parvovirose, gardiose... mais aussi éthique)
Les « éleveurs », que nous appelons plutôt des marchands de chiens, souvent multiraces, sans scrupules ni éthique, pullulent toujours.
Quant aux hypertypes, ils sont de plus en plus extrêmes, malgré une grogne de plus en plus forte.
Mais alors, pourquoi en voit-on encore puisuqe tout le monde smeble vouloir leur disprition! Pourquoi sont-ils toujours là ? Mystère ? Non. Une logique imparable… mais particulièrement désagréable à lire et à accepter.
On va dire les choses simplement, même si ça ne plaît pas à tout le monde : s’il y a une offre, c’est parce qu’il y a une demande.
Prenons un exemple volontairement choquant, mais très parlant : le bulldog français merle nu, donc sans poils. Oui, ça existe. Oui, il y en a en France. Et oui, ces chiens se vendent 5 000 à 6 000 euros.
Si réellement l’ensemble des Français disaient : « Non. Déjà un chien brachycéphale avec des problèmes respiratoires, en plus merle, en plus nu… c’est une aberration sanitaire, on n’en veut pas », alors que se passerait-il ? Très simplement : une portée, deux peut-être… et fin de l’histoire. Parce qu’un chiot qui ne trouve pas de famille, ça ne se vend pas. Et ce qui ne se vend pas ne se reproduit pas.
Or, que constate-t-on ? Il y a de plus en plus de bulldogs français merle nus sur le marché. Pourquoi ? Parce qu’il y a des acheteurs.
Les salons du chiot, les marchands de chiens, les élevages douteux : pourquoi existent-ils encore ?
Les salons du chiot existent toujours. Les marchands de chiens aussi. Les vendeurs de multiraces produits à la chaîne, sans respect du bien-être animal, également.
Pourquoi ? Ce n’est pas parce que « l’État ne fait rien » (même si…). Ce n’est pas parce que « les éleveurs sérieux sont trop rares ». C’est parce que ça vend.
Les chiens vendus pas chers, produits rapidement, sans suivi, sans sélection, sans réflexion, trouvent preneur. Pourquoi ? Parce que beaucoup de gens regardent leur portefeuille, leur envie immédiate, leur caprice, avant de regarder la santé, les besoins et la durée de vie d’un animal qui va partager leur quotidien pendant 10, 12, parfois 15 ans, parfois encore plus.
Non, ce ne sont pas les éleveurs sérieux qui remplissent les SPA
On entend souvent : « Les éleveurs remplissent les refuges ». C’est faux. Complètement faux. et ca nous l'avons vu dans un article précédent
Ce sont les abandons, les portées faites n’importe comment, les croisements hasardeux, les achats impulsifs, les chiens pris sans réflexion, sans connaissance de la race, sans anticipation du mode de vie, qui remplissent les SPA.
Un éleveur sérieux ne pousse pas à l’achat. Il sélectionne. Il refuse. Il explique. Il oriente. Et parfois, il déplaît.
Chez nous, vendre un chien, ce n’est pas “encaisser et disparaître”
Dans notre élevage, quand quelqu’un nous appelle, on parle. Pas cinq minutes. Plusieurs heures, sur plusieurs jours. Parfois sur plusieurs mois. cela nous donne le temps de cerner les besoins et les envies, le mode de vie de la famille.
On discute du mode de vie, du temps disponible, de l’environnement, de la vision du chien, des attentes… Et il nous arrive de dire : « Je suis désolée, mais la race que vous avez choisie ne vous correspond pas. Elle ne correspond ni à votre mode de vie, ni à votre façon de penser le chien. Vous avez fantasmé cette race, et la réalité est complètement différente. Nous sommes dans l'obligation de décliner votre demande. »
Même chose si la personne est adapté a recevoir un chien du pérou mais si dans cette portée, aucun chiot ne correspond en terme de tempérament. Dans ce cas nous déclinons aussi en leur demandant d'attendre la prochaine portée.
Et là, deux scénarios.
Scénario 1 : la personne écoute
Elle comprend. Elle accepte l’idée que ce qu’elle veut n’est pas forcément ce dont elle a besoin. Elle se renseigne davantage. Elle choisit une race plus adaptée. Parfois, elle nous remercie.
ou
Elle attend une prochaine portée (ou alors on l'a envoyé vers une autre personne de confiance, qui a peut être, ou non le petit chiot qu'elle recherche)
Et là, tout le monde gagne : la famille, et surtout le chien.
Scénario 2 : la personne refuse d’entendre
Elle s’énerve. Elle insulte. Elle menace aussi parfois "vous n'avez pas le droit de me refuser la vente d'un chiot"... Elle raccroche, non sans nous dire que nous sommes des éleveurs pitoyables.
Et elle va faire quoi ? Elle va appeler un éleveur moins scrupuleux, ou un particulier, ou un vendeur qui ne pose aucune question. Elle achète son caprice.
Et ce caprice se transforme, quelques mois plus tard, en problèmes comportementaux, en chien ingérable, en frustration, en fatigue, en regret, parfois en maltraitance involontaire, et quelquefois… en abandon.
et là nous ne parlons pas que de nous!
Ce schéma existe dans toutes les races
Le chien-loup ? Après Vikings et Game of Thrones, tout le monde voulait « un loup ».
Résultat : des chiens-loups tchécoslovaques, saarlos, etc., dans des foyers totalement inadaptés, alors que ce sont des chiens au comportement très spécifique et très exigeant.
ou moins loup mais tout autant acheté, les husky....
Les Malinois ? Ils inondent les SPA.
Pourquoi ? Parce que ce sont des chiens ultra actifs, ultra intelligents, qui ont besoin de travail, de cadre, de stimulation. Mais beaucoup de gens en ont pris un parce qu’ils les trouvent beaux, parce qu’ils en ont vu à la télé, parce qu’ils en voulaient « un comme ça ».
Et maintenant, les refuges débordent.
Le vrai problème : l’achat impulsif
Le fond du problème, ce n’est pas la race. Ce n’est pas le chien. Ce n’est même pas toujours le vendeur.
Le fond du problème, ce sont les acheteurs qui ne veulent pas attendre, qui ne veulent pas écouter, qui ne veulent pas remettre leur choix en question, qui veulent un chien maintenant, et celui-là, physiquement.
Même le tempérament du chiot est ignoré. Il nous est arrivé de dire : « Ce chiot-là ne correspond pas à votre mode de vie. Il faudrait attendre la prochaine portée. »
Est-ce que les gens attendent ? Bien sûr que non.
Ils appellent quelqu’un d’autre, prennent le chiot qu’ils veulent, point final.
Aujourd’hui, les éleveurs sérieux sont devenus le SAV des autres
On récupère les conséquences : les appels paniqués, les problèmes comportementaux, les chiens devenus ingérables, les familles dépassées.
Alors qu’on avait prévenu. Alors qu’on avait expliqué.
Conclusion : si ça ne se vend pas, ça ne se fait pas
Il faut remettre les responsabilités au bon endroit.
Si les salons du chiot existent, c’est parce qu’ils attirent du monde. Si les marchands de chiens existent, c’est parce qu’ils vendent. Si les élevages douteux prospèrent, c’est parce que des gens achètent.
Si ça ne se vend pas, ça ne se fait pas. Il n’y a pas d’autre explication.
La vraie protection animale commence au moment de l’achat, pas au moment de l’abandon. Et tant que les gens privilégieront leur envie immédiate à la réalité du chien, le problème continuera.
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